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jeudi 28 juin 2012
Les visages de maman
"Quelquefois tu pleures et quelquefois tu souris comme un soleil, alors j'ai fait les deux."
Lilas, Juin 2012.
dimanche 25 décembre 2011
dimanche 18 décembre 2011
lundi 1 août 2011
Chapitre 7
Cela fait trois jours que je t'attends. Ils m'ont harnachée à des appareils qui bippent et diffusent un produit violent. Mon ventre se soulève et se tord et ça cogne à tout va pendant une minute qui dure une éternité. Mais je sais que tu n'es pas prête et j'attends la prochaine vague. J'ai peur de ce qu'ils te font.
La nuit je marche dans les couloirs pour oublier la douleur. Je déambule en me tenant aux rembardes. Je scrute les lumières au dessus des portes. Je traverse tout l'espace vide, tous les étages, toutes les passerelles. Je n'arrive plus à trouver le calme. Juste marcher. Marcher. Penser que bientôt j'aurai moins mal. Que ça va cesser.
Ils viennent à l'aube. Ils ont peur que tu souffres. Il faut intervenir d'urgence. Tu vas donc arriver. J'ai la gorge bloquée.
Ils me laissent seule pour me préparer. J'attends allongée et je regarde. Je sais que tout va changer. Dehors la neige menace. Une lumière froide passe à travers les stores métalliques. Il y a une coque translucide. Je n'arrive pas à concevoir que bientôt tu seras couchée dedans. C'est juste inconcevable. J'ai l'impression que mon coeur va éclater.
Ils m'ont allongée et couverte de draps, des aiguilles dans les veines. Je vois le visage d'une femme de très pres. Elle me dit quelque chose que je ne saisis pas bien et je sens qu'on m'enfonce un objet dans la bouche. J'étouffe. Je me débats. Je ne veux plus. Je refuse. J'arrache tout.
Ils se sont tous écartés maintenant et la femme me parle doucement. Elle me tient la main. Elle caresse mes épaules. Je sens des larmes monter, venir de loin, de très loin. Elles débordent, elles coulent, à flots, je tache tout le drap. Ils ont tous l'air interdit. Elle me dit, pleurez madame, pleurez et toute la tension s'écoule de moi.
Plus tard j'observe le plafond et je ne les vois plus. Je sens qu'ils agissent sur mon corps mais je ne peux pas dire précisément ce qu'ils font. Comme une enveloppe qui ne m'appartient plus. Mes oreilles bourdonnent de bruits étranges. J'ai l'impression d'être une poupée de chiffon qu'on décout.
Alors j'entends ta voix. C'est un pleur très doux. Une plainte. Fragile comme une pétale. Ta voix m'appelle. Elle me vient du ventre. Je te cherche des yeux. La dame est toute joyeuse. Je l'entends me crier de loin : elle est magnifique, madame. Magnifique! L'instant d'après je te sens. Un oiseau de chair. Tu es si petite contre moi, tu t'appuies pour relever la tête et je reconnais ton odeur. Ton visage. Je respire dans ton cou.Tu es là. Enfin. Exactement comme je t'imaginais. C'est toi. Intime. Autre. Tu es toi et tu es moi. C'est inouï. Dehors la neige a tout recouvert. Je te serre contre mon sein. Le monde a désormais le visage d'une fleur.
dimanche 10 juillet 2011
Chapitre 3
Plus que tout je te voulais. Plus que la mer et le ciel réunis. Et je sais quand je t'ai créée dans ma tête. J'avais loué une chambre d'hôtel pour terminer une nouvelle. Il y avait les flonflons de la ducasse qui hurlaient sur la place, sous mes fenêtres. Je déteste le bruit. Surtout en bord de mer. Alors je suis allée marcher sur la plage. Le ciel encastré dans les falaises blanches tu te souviens? Les ôcres du sable plus clairs que ceux de Pen bé. Un bout de la terre que tu ne connais pas. Et puis ces drôles de rochers. Des rochers mous aux allures de bonshommes en guimauve. Plus tard, tu joueras, tu te cacheras dedans, dans la chair de la roche lissée par le ressac. Tu poursuivras les goëlands. J'entends vibrer ton rire joyeux. Drappée dans le manteau vert et la longue écharpe, j'avance. Le nez au vent. La peau vrillée d'embruns. Ecriture bloquée. J'ai marché longtemps seule jusqu'au bout de la plage ce matin-là, abasourdie de ciel et de solitude dans la lumière normande. Je crois que j'ai prié pour que tu viennes à moi.
Tu es la fille de la mer. La fille du vent.
mardi 26 avril 2011
mardi 19 avril 2011
lundi 18 avril 2011
dimanche 17 avril 2011
mercredi 13 avril 2011
L'arbre et l'enfant
Je devais avoir cinq ou six ans à l'époque. Mes parents habitaient le quartier de l'épeule. C'était là qu'on habitait tous. Aux premiers soleils de mai, Khadija m'emmenait au parc, du côté des beaux quartiers. Je jouais sous les arbres, sur les tapis de pétales blancs qui crissaient sous les baskets quand on rebondissait dessus. Je sautais pour attrapper une branche fleurie. Je voulais les offrir à Khadija. Elle m'attendait un peu plus loin, couverte de la tête au pied. Ca ne me surprenait pas. Beaucoup de femmes autour de moi portaient la même tenue. Elle était belle, ma soeur. Mais elle ne se montrait pas. Elle nous consacrait tout son temps, en dehors des études. Le parc, elle le connaissait bien. Elle y mangeait le midi avec ses amies du lycée. La semaine, elle ne portait qu'un foulard simple qu'elle devait retirer en classe. C'était la règle. Je n'ai jamais interrogé cette règle enfant. C'était naturel. Toutes les filles de ma famille faisaient de même et ma mère aussi. C'est bien des années plus tard, lorsque je suis allé moi-même au lycée puis à l'université, lorsque j'ai eu conscience de la nudité des étudiantes que je fréquentais, que la tenue de ma soeur et des femmes de la maison m'est apparue incongrue. Elles étaient libres ces jeunes-filles, libres et gaies, réfléchies, revendicatives. Elles parlaient comme des hommes et fumaient, discutaient au terrasse des cafés lillois. Avant de rencontrer Sofia, je n'avais jamais regardé ma soeur comme une femme. Il y avait un monde entre elles. Un monde auquel ma soeur n'avait pas accès. Je découvrais qu'une fille avait un corps et une parole propres. Sofia lisait les journaux, étudiait, s'opposait, avançait dans la vie comme on déguste des cornes de gazelle, en croquant et en léchant le miel. Elle n'avait pas de gestes maternels. Elle plantait ses yeux dans ceux de son interlocuteur avec franchise. Au mois de mai, sous ce même arbre, elle s'allongeait sur les pétales et gôutait les premiers soleils pour faire brunir sa peau et me laissait la caresser, les yeux perdus au ciel, abandonnée à la douceur de l'instant. Un peu plus loin, les silhouettes noires des femmes du quartier entourées de bambins bouclés déambulaient. Je caressais les chevilles de Sofia et le souvenir de Khadija m'échappait, se confondait dans les silhouettes lointaines de ces femmes différentes que ni la main ni les yeux ne pouvaient dévoiler.
mercredi 6 avril 2011
lundi 4 avril 2011
lundi 28 mars 2011
Vie de Pacha (4) Maternité
Cet après-midi-là la chatte nerveuse tournait. Son gros ventre agité de soubresauts violents. On ne savait quel coin elle choisirait mais la petite avait dit, "ce sera dans mon lit". De retour d'un goûter d'anniversaire, sur le chemin elle chantait et s'impatientait. "Peut être que, maman?". Elle est montée quatre à quatre, les mollets durs. Et puis toute la maison a résonné d'un cri d'enfant au comble de la joie. Elle a sauté sur son lit, tendu la menotte, excitée à mourir, appelé tous ses cousins, posé mille questions, raconté dix fois le moment de la découverte, l'instant précis où elle les avait vus, grouillant sous la chatte, mimé la scène pour la revivre encore. Moment magique. Toucher du doigt le mystère de la vie...
samedi 12 mars 2011
vendredi 25 février 2011
battement du temps
lundi 10 janvier 2011
bien tenir la barre
vendredi 24 décembre 2010
mardi 14 décembre 2010
visage nu
jeudi 9 décembre 2010
dimanche 28 novembre 2010
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