samedi 25 février 2012

lundi 20 février 2012

Carême et Carnaval


Le combat de Carnaval et Carême, Bruegel, 1559.

samedi 18 février 2012

La vie selon ...Triptyque

Atelier de Monet, Aix en Provence.

Maison de Monet

Dans son jardin.

dimanche 1 janvier 2012

un voeu

Paris, Quai de Seine, Décembre 2011.

Meilleurs Vieux !

bourgade au Nord
Santé : 2 mois offerts ! bin mazette, de quoi rendre le sourire à mémé...

mardi 27 décembre 2011

Etre au rendez vous

Pas toujours simple mais... plein de façons d'y être en fait si l'on y pense...

dimanche 25 décembre 2011

dimanche 18 décembre 2011

belles à croquer

Frederic Leighton, 1864, Mère et enfant (cerises), musée d'Orsay.

vendredi 16 décembre 2011

Good night my farewell, don't worry...

Ou quand le groove de Madeleine Besson revisite les classiques et crée ses propres morceaux entre rock, soul et blues.
Pour l'original, rendez vous au sunset ou bien .
Jolie voix qui réchauffe la nuit mais ...ain't no sunshine when (s)he's gone... I know, I know, I know...

vendredi 9 décembre 2011

au théâtre ce soir

Au spectacle, Annie Cleenwerck.


Le roman culte de Boris Vian revisité par Emmanuel Deconinck par la compagnie de Jean-Marc Chotteau, en fantaisie musicale colorée et jazzy. Un exercice de style porté par de jeunes acteurs aux talents multiples. Echappée Belle éclectique et électrique. Les thèmes intemporels, la poésie, l'amour, la mort, s'entrelacent telles les ramifications de la fleur étrange qui étreint le coeur de Chloé tandis que Colin se ruine en fleurs pour lui sauver la vie. Fable de l'amour emporté par les maux d'un mal séculaire qui tue insidieusement à force d'air vicié. Chloé et Colin existent, luttent et puis meurent. Et l'on peut bien leur faire un "enterrement de pauvres" ... Reste l'essence, leurs mains nouées, l'écume de ce qui fut...

"-Les gens ne changent pas. Ce sont les choses qui changent.


- Il me faudra des mois, des mois, pour que je me rassasie des baisers à vous donner. Il faudra des ans de mois pour épuiser les baisers que je veux poser sur vous, sur vos mains, sur vos cheveux, sur vos yeux, sur votre cou... "

dimanche 13 novembre 2011

Imago

"Représenter, c'est rendre présent l'absent. Ce n'est donc pas seulement évoquer mais remplacer. Comme si l'image était là pour combler un manque, tempérer un chagrin. Pline l'Ancien rapporte que "le principe de la peinture a consisté à tracer, grâce à des lignes, le contour d'une ombre humaine." Même origine pour le modelage, précise-t-il plus loin. Amoureuse d'un jeune-homme en partance pour l'étranger, la fille d'un potier de Sicycone "entoura d'une ligne l'ombre de son visage projetée sur le mur par une lanterne. Son père appliqua de l'argile sur l'esquisse et en fit un relief qu'il mit à durcir au feu avec le reste de ses poteries." Ainsi, peinte ou sculptée, Image est fille de Nostalgie."
Regis Debray, Vie et mort de l'image.

dimanche 6 novembre 2011

clair obscur

abbaye du Thoronet


"Dans ma musique, il y a beaucoup de silence.
Il y a surtout du silence."
Henri MICHAUX, Passages










mercredi 2 novembre 2011

retour soleil

Ca' del sol, Venise.

jeudi 6 octobre 2011

automne flamand

La leçon de musique, Ferdinand I de Braekeleer




















et le long des canaux écouter les vieux fredonner Marieke, Marieke...







mercredi 5 octobre 2011

avoir le béguin

Le béguinage de Bruges, 1919, Yoshijiro Urushibara.



vendredi 23 septembre 2011

il était une fois le mariage...

Niki de Saint-Phalle, la mariée sous l'arbre, MAMAC, Nice.


Christo, Tableau de mariage, 1962.MAMAC, Nice.



dimanche 11 septembre 2011

et je fume...

Peter Pan, V.Favre, MAMAC, Nice.


Fumer en regardant la ville ou la mer... Fumer pour dessiner des rêves bleus... ou bien en écoutant ça...

mercredi 7 septembre 2011

Coup de foudre

...pour l'expo "Apparitions", visible en ce moment à l'espace Saint Sauveur à Lille. Ici, les mains d'Edith Dekindt retiennent une bulle de savon qui se solidifie sous l'effet du froid avant de s'envoler et de disparaître, elle appartient à la série de la vidéaste intitulée "Provisory object". Un peu plus loin on prend de plein fouet le "coup de foudre" devant le miroir installé par l'atelier Mooslin, avant de s'enfoncer dans la pièce emplie de brume d'Ann Veronica Janssens, et de perdre tous ses repères sensoriels... Les oeuvres rassemblées à Saint Sauveur invitent toutes à interroger notre rapport au monde en perturbant nos perceptions habituelles. On s'y confronte à des apparitions surprenantes, fantomatiques, animaux en mouvement, pêcheurs vietnamiens tirant des pousse-pousse sous l'océan, matériaux se dissolvant sous l'effet de la chaleur humaine... troublantes apparitions de la rentrée...

dimanche 28 août 2011

chapitre 12

C'est pour la retrouver que j'ai repris le volant. Des années après l'accident. Parce qu'elle était couchée là depuis des mois. Des années. On ne savait plus. Parce qu'elle ne pouvait plus écrire ou parler au téléphone. Elle avait tout perdu ou presque lorsqu'elle avait franchi cette porte. Maintenant elle gisait, recroquevillée comme un insecte. La plupart du temps elle dormait. Ou bien elle fixait le grand écran de la télé avec un visage de marbre qui lui ressemblait à peine. Elle était quelque part. Ailleurs. Dans le passé peut être. Je m'approchais. Je lui caressais la main. Elle ouvrait les yeux et elle souriait. C'était seulement à son regard qu'on pouvait la reconnaître. Un regard bleu. Profond. Je plongeais mon regard dans le sien et je la retrouvais. Quelques secondes. Dans ses yeux il y avait tout ce qui lui restait de la vie. Les tablées de famille, sa manière bien à elle de se frotter les mains avec anxiété quand ses fils tardaient à venir, son goût du bon vin et de la bonne chair, ses tenues impeccables, ses chapeaux, ses cheveux d'argent, ses bonnes manières, son amour des mots rares, les feux allumés qu'elle contemplait la nuit sur le mont Faron, les histoires du soir pour ses petits enfants, des kilomètres de fils de laine tissés pour nous, qui avaient tricotté entre elle et nous une histoire dense et douce, une histoire de vie. Quelques secondes et puis ses yeux se fermaient. Alors je voyais son corps chétif, son ventre sorti, ses bras raidis de vieillesse, les doigts crispés sur le drap taché, le linge de corps, la serviette maculée, les jambes à angle droit qu'on ne pouvait plus déplier. Et puis j'essayais de me souvenir d'elle quand elle perdait la tête, quand elle singeait la petite vieille capricieuse ou acerbe, quand elle était méchante ou insupportable, quand elle affichait son détachement de nous tous en envoyant promener tous les codes de bonne conduite et qu'elle disait par le corps plus encore que par les mots, combien c'était affreux d'être là, prisonnière, à jamais.

Elle n'avait plus de plaisir sauf celui de manger. Des fruits. Beaucoup de fruits. Des tartelettes aux fraises, des chocolats. Elle en mettait partout. Elle mangeait goulûment. Seule sa bouche la contentait désormais. Elle n'était plus qu'une bouche parfois.

Je lui faisais la lecture. Elle ne comprenait plus le sens des phrases trop longues mais se souvenait avoir lu telle ou telle histoire. Elle aimait que je sois assise auprès d'elle et que je lui parle. Elle aimait que je m'occupe d'elle. Souvent elle s'endormait et puis se réveillait quand je l'embrassais pour partir. Alors elle protestait, tu n'es pas restée longtemps, tu reviens bientôt? Je partais le coeur lourd avec son regard en tête et un mot doux, toujours le même. "Reviens me voir, reviens vite, ma chérie, mon chéri, reviens vite".

Je roulais rageusement en pensant à tous les espaces qu'elle ne traverserait plus, à tous les ciels qu'elle ne contemplerait plus, à toutes les odeurs qui n'existaient plus pour elle, à toutes les images qui devaient la hanter parfois. Tout ce temps à l'infini dans une chambre médicalisée, toutes les secondes qui s'égrénaient et défaisaient la mémoire, l'écheveau incroyable des sensations et des souvenirs, des projections, des espoirs et des émotions qui font la vie. Je roulais, je sentais bouger l' enfant qui allait naître et qui ne la connaîtrait pas. Toutes les images de l'enfance sur son sein, de son odeur dans les draps. Tous les gestes qu'elle avait pu faire pour nous rajuster, nous dorloter, nous consoler. Tous ces gestes que je ferai aussi pour cet enfant à venir. Il y aurait plein de pages à noicir encore et plein de visages autour de nous. Et puis un jour, après des milliers de gestes et des milliers de mots, après des milliers de ciels et de bonheurs, après quelques grands malheurs aussi et d'autres visages perdus sur des lits, je serai là, étendue à sa place, les yeux rivés sur la porte qui se referme, le coeur tendu et j'entendrai peut être sa voix encore une fois. Des mots dits dans un souffle pour retenir ceux qu'on aime et qui prennent d'autres routes. "Reviens vite ma chérie, mon chéri, reviens vite".

jeudi 25 août 2011

chapitre 11

A la sortie du cinéma il me saisit le bras, nerveux. Il regarde mes mains et son visage pâlit. Ses mâchoires se contractent. Il me dit : "je vais rentrer. Je dois repasser par chez moi". Moi je ne comprends pas. Nous devions passer la soirée ensemble. Je m'en réjouissais. Le film était à la hauteur. Un Spike Lee qu'il voulait voir absolument. Je bredouille un "mais, pourquoi?". Il ne dit rien. Juste il me demande très nerveux de le conduire jusque chez lui, je pourrai l'attendre dans la voiture, il faut qu'il y passe rapidement. Je m'exécute.


Le quartier est sinistre. Dans la petite Renault, je n'ose pas bouger de peur de me faire remarquer des individus qui s'éjectent bruyamment du bar louche. Le lampadaire éclaire la friche au loin et je grelotte.


Il pleut maintenant assez fort. Plus personne ne sort du bar et je commence à me demander s'il ne m'a pas oubliée. Je n'arrive pas à mettre de mots sur mes angoisses. Qu'est-ce qu'il fout? Et si j'allais sonner à sa porte? Je sens bien qu'il ne le souhaite pas mais je voudrais une réponse à ce non-sens. J'ai dix-huit ans, je suis seule dans une voiture pourrie dans un quartier sordide et j'attends sans comprendre pourquoi j'attends. Figée par mon désir de le voir sortir, fascinée par cette situation absurde, inquiète de son visage de tout à l'heure, les yeux fixes, les traits crispés comme un masque soudain. Je regarde mes mains. Mes ongles sont un peu rongés. Je ne leur trouve rien d'anormal.


Une idée me traverse l'esprit. Et s'il avait eu un problème? Un accident? s'il avait besoin d'aide et ne pouvait appeler. Ca fait presque une heure.


Je prends mon courage à deux mains, je sors de la voiture en faisant le moins de bruit possible pour ne pas attirer l'attention d'un voisinage qui m'effraie. Je sonne. Pas de réponse. Je sonne plus longuement. Rien. Je cogne à la fenêtre. Je cogne plus fort. Je n'arrête plus de cogner. En haut un voisin laisse échapper une bordée d'injures. J'appuie sur la sonnette en continu, laissant aller tout le poids de mon corps. Je veux. Je veux que cette porte s'ouvre.


J'entends la serrure. Il est debout. Tout blanc. Les mains pleines de savon. Je ne vois plus ses mains tant il y a de savon. Il lache un "excuse moi". Je n'écoute pas. Je pénètre de force dans l'appartement et le traverse. Il y règne un chaos indescriptible. Par terre un sachet de knackis éventré. Des objets épars. Une atmosphère de ravage. J'ai l'impression d'un cambriolage. Je le regarde avec effroi. Que fais tu?


Courbé sur le lavabo, il ne me répond pas. Il a relevé ses manches jusqu'aux épaules. Ses bras sont nus, très blancs. Il se frotte. Ses mains et ses bras sont couverts de savon. Il se rince. Méticuleusement. Et puis il recommence encore et encore sans dire un mot. Le lavabo est bouché, encrassé. L'eau menace de déborder. Il continue de se laver à l'infini, avec des gestes lents, semblant obéir à un rituel qui lui dicte ses gestes. Il ne m'entend pas.


Je reste plantée là. Médusée. Je respire à peine. Un filet de sueur coule dans mon dos.

mardi 23 août 2011

les carrefours

"Si l'on ne croit pas à la prédestination, alors il faut admettre que les circonstances d'une rencontre, que par facilité nous attribuons au hasard, sont en fait le résultat d'une incalculable suite de décisions, prises à chaque carrefour de notre vie, et qui nous ont secrètement orientés vers elle. Ce n'est pas que nous ayons recherché ni même souhaité, serait-ce du fond de notre inconscient, toutes nos rencontres, même les plus importantes. plutôt, chacun d'entre nous agit à la façon d'un artiste ou d'un écrivain qui construit son oeuvre dans une succession de choix; un geste ou un mot ne détermine pas inéluctablement le geste ou le mot qui suit, mais place au contraire son auteur devant un nouveau choix. Un peintre qui a posé une touche de rouge peut choisir de l'éteindre en lui juxtaposant une touche de violet; il peut choisir de la faire vibrer par une touche de vert. Au bout du compte, il aura beau s'âtre mis au travail, avec quelque idée de son tableau achevé en tête, la somme de toutes les décisions qu'il aura prises, sans les avoir toutes prévues, fera apparaître un autre résultat. Ainsi nous conduisons notre vie par un enchaînement d'actes bien plus délibérés que nous ne sommes prêts à l'admettre - parce qu'en assumer clairement toute la responsabilité serait un fardeau trop lourd-, et qui pourtant nous mettent sur le chemin de personnes vers qui nous ne pensons pas nous être dirigés depuis si longtemps."





Catherine Millet, Jour de souffrance.

vendredi 19 août 2011

Chapitre 10

C'est ici, j'en suis sûre. Une ville pour s'asseoir et pour vivre. Mes oreilles bourdonnent de bonheur. Sur la place deux heures en avant, ma main se niche dans la tienne. Je caresse mes doigts comme une lampe d'Aladin. Je suis bien. Il y a comme un air d'euphorie. Ca grouille de monde, de vies qui se racontent, de visages étrangement familiers, rassurants. Ca rit en disant des choses graves. Demain ce sera l'aioli faite maison et l'on se dispute la meilleure recette. Et tandis qu'on égrène la liste des légumes pour le marché, les petites moufflettes font les étoiles sur des engins à roulettes, les joues rouges de bonheur, chaudes d'été brûlant, coursées par des garçons blonds et colorés qui leur collent aux basques. Je m'échappe le nez en l'air dans les trompe l'oeil des façades turinoises. J'aime les ôcres encadrant le damier du sol et la foule attablée qui rigole. J'aime mordre les glaçons sucrés de citron, imaginer les corps dissimulés derrière ces drôles de volets en bois, tandis que la place vrombit d'impatience et de langueur. Je ferme les yeux. Ta main est forte. Douce comme une promesse.

mercredi 17 août 2011

Chapitre 9

Ca a commencé par des dessins. J'en trouvais le soir devant ma porte. Des dessins au crayon, au fusain, aux pastels. Le premier représentait un visage de femme dans une rose. Je n'ai pas compris d'abord. Pas de nom. Rien qui fasse écho. Et puis je ne me suis pas reconnue. Mais le lendemain, j'en trouvai un autre. Une femme nue allongée comme la Maja avec des mots illisibles griffonnés tout autour. J'étais contrariée. J'ai pensé aux conférences publiques. Mais comment quelqu'un pouvait-il connaître ma nouvelle adresse? J'habitais l'appartement depuis si peu de temps... Le soir en réunion j'en parle aux autres. Ca les fait sourire mais je suis mal à l'aise. Le lendemain, nouveau dessin du même tonneau. J'y pense désormais en rentrant chez moi et ne sors plus la nuit sans le gros chien jaune. J'ai l'impression d'être épiée, suivie. J'hésite à aller au commissariat. Je crains qu'on ne me prenne au sérieux. Cela peut être un voisin, un collègue jaloux, un déséquilibré, une mauvaise blague, je ne sais. Les dessins sont ceux d'un amateur, le thème unique, une femme, qui pourrait être moi. Sa nudité m'agresse. C'est direct et en même temps l'auteur reste anonyme. L'écriture est minuscule, travaillée, inquiétante. Je n'aime pas ça du tout. Je ne sais s'il faut réagir ou faire le mort. Finalement je ramasse les dessins, les déchire, les place dans une enveloppe devant ma porte, là où l'autre les dépose depuis une semaine. Sur l'enveloppe j'écris "merci de ne pas m'importuner". Mais toute la journée j'y pense. Comment le dessinateur fait-il pour accéder à ma porte sans se faire remarquer? Ou bien c'est un patient du mèdecin au-dessus duquel je loge, ou bien il profite des ouvertures de porte en se faisant passer pour tel, ou bien on lui ouvre pour une autre raison... parce qu'on le connaît...? Et s'il venait à m'attendre un jour? Un frisson d'effroi me parcourt l'échine. Pourquoi le chien n'aboit-il pas quand il vient déposer l'enveloppe? Ce soir-là, je gravis les marches tout doucement pour qu'on ne m'entende pas. Il est tard. Encore un rai de lumière au premier. La cage d'escalier est plongée dans l'obscurité. L'ampoule est grillée. Me déplacer silencieusement, je sais faire. Dans une autre vie j'ai appris à me déplacer comme un chat. Mais je peux entendre mon coeur cogner d'angoisse. En haut, personne. Je respire et tandis que je cherche fébrilement mon trousseau de clefs, j'entends la queue du chien battre contre la porte. La lumière inonde le hall d'entrée, je me retourne, cherche l'enveloppe des yeux. Je me fige, stupéfaite.






Sur la marche de l'escalier, à l'endroit exact où j'ai laissé l'enveloppe, il y a un bouquet de fleurs. L'un de ces bouquets prêts à offrir, dont le paquet gorgé d'eau fait office de vase, comme on en vend au coin de la rue. Je l'examine, interdite. Ce sont des fleurs banales entourées de papier crépon vert anis, un bouquet assez conséquent. Pas de carte de fleuriste. Je descends d'un étage. La secrétaire médicale est étonnée. Non, elle n'attend pas de fleurs, elle n'a vu personne monter avec des fleurs. D'ailleurs elle ne peut pas surveiller toutes les allées et venues me fait elle comprendre un rien agacée par l'insistance de mes questions. Je l'engage à fermer soigneusement la porte du bas lorsqu'elle quitte le cabinet. Elle acquiesce de mauvaise grâce. Quelle histoire pour quelques fleurs! Je redescends un étage et je place le bouquet bien en évidence sur la poubelle, à deux pas de la porte du bas que je verrouille à double tour.

samedi 13 août 2011

Chapitre 8

Je ne sais plus comment je me suis retrouvée face à elle. Elle. D'autres avant elles. Mais c'est surtout d'elle dont je me souviens. La salle d'attente est luxueuse. Des sofas profonds de velours rouge. Des tableaux aux murs, des tentures. Je n'ai pas d'argent. Je n'ai pas d'autre choix. Pas de connaissance de ce milieu. Pas d'interlocuteur. Elle semble tout droit sortie d'une brochure de Madame Figaro et d'emblée je sens toute l'inutilité de ma démarche. Je n'ai rien à perdre. Je me jette à l'eau. Qu'on en finisse. Au bout de quelques secondes elle me regarde avec effroi. Elle repose le Mont Blanc sur l'écrin de cuir. Je parle assez longtemps et je lui décris tout. Les symptômes, les angoisses, les obsessions, le rythme des crises et leurs manifestations les plus courantes. Elle m'écoute bouche ouverte, le brushing agité de balayages de mèches nerveux. Quand je me tais, elle a un mouvement de recul, pivote, me tourne le dos et cherche un album de photos et de témoignages de patients guéris et satisfaits de ses services. Elle me les place sous le nez. Elle parle un peu dans tous les sens. Il semble que je sois une patiente inhabituelle. Elle m'explique comment elle agit d'habitude. Les techniques qu'elle utilise, les résultats qu'elle obtient. Je n'arrive pas à me concentrer sur ce qu'elle dit. Je n'arrive même pas à en sourire intérieurement. Alors elle me regarde et elle se tait. Puis elle ferme son album et me dit que les maux dont il souffre relèvent d'une thérapie lourde. Qu'elle ne peut rien pour lui. Que je dois penser à moi. Que je dois me protéger de lui. Qu'il est malade. Très malade.


Je laisse deux cents francs sur le bureau. Dehors je cherche l'air vif. J'ai la nausée.

lundi 1 août 2011

Chapitre 7

Cela fait trois jours que je t'attends. Ils m'ont harnachée à des appareils qui bippent et diffusent un produit violent. Mon ventre se soulève et se tord et ça cogne à tout va pendant une minute qui dure une éternité. Mais je sais que tu n'es pas prête et j'attends la prochaine vague. J'ai peur de ce qu'ils te font.




La nuit je marche dans les couloirs pour oublier la douleur. Je déambule en me tenant aux rembardes. Je scrute les lumières au dessus des portes. Je traverse tout l'espace vide, tous les étages, toutes les passerelles. Je n'arrive plus à trouver le calme. Juste marcher. Marcher. Penser que bientôt j'aurai moins mal. Que ça va cesser.




Ils viennent à l'aube. Ils ont peur que tu souffres. Il faut intervenir d'urgence. Tu vas donc arriver. J'ai la gorge bloquée.




Ils me laissent seule pour me préparer. J'attends allongée et je regarde. Je sais que tout va changer. Dehors la neige menace. Une lumière froide passe à travers les stores métalliques. Il y a une coque translucide. Je n'arrive pas à concevoir que bientôt tu seras couchée dedans. C'est juste inconcevable. J'ai l'impression que mon coeur va éclater.




Ils m'ont allongée et couverte de draps, des aiguilles dans les veines. Je vois le visage d'une femme de très pres. Elle me dit quelque chose que je ne saisis pas bien et je sens qu'on m'enfonce un objet dans la bouche. J'étouffe. Je me débats. Je ne veux plus. Je refuse. J'arrache tout.




Ils se sont tous écartés maintenant et la femme me parle doucement. Elle me tient la main. Elle caresse mes épaules. Je sens des larmes monter, venir de loin, de très loin. Elles débordent, elles coulent, à flots, je tache tout le drap. Ils ont tous l'air interdit. Elle me dit, pleurez madame, pleurez et toute la tension s'écoule de moi.




Plus tard j'observe le plafond et je ne les vois plus. Je sens qu'ils agissent sur mon corps mais je ne peux pas dire précisément ce qu'ils font. Comme une enveloppe qui ne m'appartient plus. Mes oreilles bourdonnent de bruits étranges. J'ai l'impression d'être une poupée de chiffon qu'on décout.




Alors j'entends ta voix. C'est un pleur très doux. Une plainte. Fragile comme une pétale. Ta voix m'appelle. Elle me vient du ventre. Je te cherche des yeux. La dame est toute joyeuse. Je l'entends me crier de loin : elle est magnifique, madame. Magnifique! L'instant d'après je te sens. Un oiseau de chair. Tu es si petite contre moi, tu t'appuies pour relever la tête et je reconnais ton odeur. Ton visage. Je respire dans ton cou.Tu es là. Enfin. Exactement comme je t'imaginais. C'est toi. Intime. Autre. Tu es toi et tu es moi. C'est inouï. Dehors la neige a tout recouvert. Je te serre contre mon sein. Le monde a désormais le visage d'une fleur.

vendredi 29 juillet 2011

chapitre 6

J'avais vingt ans, nous vivions en Bretagne. C'était au bout de la terre dans un endroit semi désert. Une maison de vitres et de pierre, ouverte sur l'océan. Un refuge. A l'intérieur il n'y avait rien. Juste quelques meubles et puis des livres. Tous ceux de l'enfance et puis des études. De la musique aussi beaucoup. Debussy, Ravel, Cesar Franck, la voix de Deller et les mains de Samson François. Parfois je marchais loin le long de la falaise rouge et le vent m'amenait les notes du piano. Je les retenais sous une longue écharpe. Je les écoutais se perdre dans le bris de la vague sur la roche, le coeur serré. Personne n'avait le droit de venir là. Pas même la famille. C'était un lieu à part, à l'écart. Un endroit pour se retirer, se cacher, se soustraire. C'est là que j'ai appris à être seule.



Le matin je partais tôt dans la wolswagen et je roulais plus d'une heure pour aller travailler. Je le laissais dans la maison louée sur la plage dont il ne sortait plus. J'écoutais Jean Guidoni, des textes lourds, une voix qui déborde. Soudain la ville et le bruit me happaient, la vie venait cogner aux vitres et je m'arrachais à ma torpeur pour plonger dans le monde réel, celui dans lequel les autres vivent ensemble, s'amusent, dansent et rient, racontent des bons mots au troquet en attendant le tram. Alors j'oubliais pour un temps. Je partageais avec d'autres. Des jeunes filles riantes. Des étudiantes. Des professeurs. Des heures d'étude, de conversation, de thés parfumés. Des emplettes, des confidences. De fausses confidences. Elles avaient des amours, des envies, des projets. Je me sentais hors cadre. Au delà. En décalage avec leur legèreté. Leur bonheur insouciant me giflait parfois.


Le soir je retrouvais la maison. A l'extrémité de la pointe, au milieu des ajoncs et des genêts. On n'entend que le vent. Pas de voisinage. Pas de route. Pas de contact humain. Je pénètre à pas feutrés et le coeur tendu, gravis les étages jusqu'à la chambre. Parfois, les escaliers craquent et je me fige, statufiée, à l'affût du moindre bruit. Le sang me bat les tempes.


Il est étendu sous le drap. On ne voit que son visage. Un masque jeune, concentré, les machoires sérrées. Si blanc qu'il semble absent. Les mains sont fines, déliées, je m'arrête sur les phalanges aux ongles rougis. J'ai du mal à respirer. Les bras sont posés de part et d'autre du corps inerte et le temps est suspendu dans son sommeil. Dehors j'entends les oiseaux fêter les prémisses de l'été et leur bruissement joyeux me blesse. Je n'ose pas bouger. Je rejoins la salle de bain comme un automate.


L'eau chaude coule sur mon corps. Sur chaque parcelle. Je regarde le savon s'évacuer, former des couches au fond de la baignoire. J'agis mécaniquement en essayant de ne pas penser. De ne pas faire d'erreur. De faire vite en contrôlant chaque geste avant qu'il ne s'éveille. Un mouvement malheureux et tout peut basculer.

Dans la maison du bout du monde j'ai l'impression de disparaître.

mardi 26 juillet 2011

Chapitre 5

Nous avions rendez-vous dans l'auditorium pour répéter. Elle était vêtue sobrement et m'accueillait toujours en jouant sur le piano noir les premières notes du morceau que j'étais censée maîtriser à l'heure de nos rencontres. Ensuite je respirais lentement en gonflant le ventre et en poussant des "mi", "mi", "mi", pour gravir les degrés jusqu'à la voix de tête. Je chantais devant les miroirs en la regardant. Je la trouvais superbe, port de tête altier, bras souplement posé sur les blanches et pendant une heure je me sentais belle. J'ouvrais la gorge, je me concentrais sur le passage de l'air, la direction, le timbre. Je suivais à grands traits des partitions que je maîtrisais mal. Je savais à son regard si c'était juste. Dans les yeux bruns d'Essya, sur sa nuque ployée, dans l'attache fine du poignet, il y avait toute la grâce du monde. Avec elle et pour une heure je me sentais bien dans mon corps, magique et déployée comme le Chérubin des Noces. J'échappais aux interdits, je laissais bas mon manteau de peurs pour ouvrir un espace auquel elle me donnait droit.




Un jour, Essya m'a dit que le jeune homme s'était inscrit au cours. Elle le trouvait bizarre. Jolie voix, mais étrange ce garçon, très émotif. "Tu le connais, il s'est recommandé de toi pour s'inscrire?". De lui je ne connaissais que le prénom. Je savais pourtant qu'il gravitait dans une association que je fréquentais, il était parfois parmi nous le soir mais se tenait à l'écart. Il semblait timide et rougissait souvent. J'ai été surprise, sans plus. Un jeune homme qui aimait le chant. Un mensonge de convenance, voilà tout. Je n'en n'ai pas parlé aux autres.






Je vivais dans un appartement sous les combles. Avec un gros chien jaune à poils longs, clône du précédent. Une rue commerçante de petite ville rurale. Dans la nuit, quand les discussions avaient pris fin et que chacun repartait, je promenais le chien. C'était quelque chose de difficile d'être seule dans cette rue avec ce chien. Jaune, pas noir. Le même en jaune. Je remontais la rue jusqu'à la cathédrale, étrange avec cette tour manquante comme si on l'avait oubliée en cours de construction. Derrière la cathédrale, une maison comme j'en rêvais. Une maison à deux étages avec beaucoup de pièces et des cheminées. Faite de la pierre blanche du pays, solide, stylée, avec des fenêtres anciennes et des parquets aux couleurs chaudes qui craquent sous les semelles. Une maison pour une vie douce. J'ai déménagé souvent. J'ai aimé chacun des lieux qui m'ont accueillie. Je peux me rappeler ma chambre d'enfant, le lit de lecture rose, la grande baie donnant sur le jardin, les chemins de campagne à perte de vue, les rideaux de shintz glacé que je détestais et puis le bureau d'acajou offert pour mes quinze ans. Dans ce nouvel appartement sous les toîts il n'y avait presque rien. Des meubles d'Emmaüs et ma bibliothèque. C'était reposant ce vide. Ces objets utilitaires que je pouvais toucher sans crainte. Un lieu pour oublier ou pour chanter.


petit coin de paradis...



Beau comme regarder la mer à travers la pluie...

samedi 23 juillet 2011

Toucher les étoiles









Si vous en rêvez et ne l'avez jamais fait, croyez-moi, c'est possible... Alors à moins d'avoir un magicien à portée de main, rendez-vous gare Saint Sauveur à Lille. En ce moment et jusqu'en août, l'expo Paranoia vous plonge dans la tempête, ou le nez dans les étoiles, bref, électrise grands et petits...





mercredi 20 juillet 2011

La mémoire neuve

"Ce que j'ai fait, c'est écrire sur les gens et les événements qui furent importants pour moi, et dire la vérité bien que ne me fiant, ici et là, qu'à la seule mémoire. Votre langue est votre pays, disait Léautaud, mais on peut en dire autant de la mémoire qui est aussi, de par la marque qu'elle laisse, une aune à quoi se mesure la valeur des choses. Je suppose que l'on pourrait tout aussi bien soutenir le contraire, que ce que l'on choisit d'oublier est tout aussi révélateur, mais passons. (...)

Si vous pouvez voir un instant la vie comme une grande maison avec chambres d'enfants, séjour, salle à manger, chambres, bureau et ainsi de suite, aucune qui vous soit familière, mais toutes bien éclairées, les chapitres qui suivent équivalent, d'une certaine manière, à regarder par les fenêtres de cette maison. (...) Revisiter le passé était comme de traverser constamment un Bergschrund, le profond abîme entre ce qu'était ma vie avant que je ne la change complètement, et ce qu'elle fut par la suite.(...) J'ai donc écrit seulement sur certaines choses, l'essentiel à mes yeux. Tout le reste est banal."


James Salter, Une vie à brûler, préface.

mardi 19 juillet 2011

chapitre 4

Ce jour-là j'ai roulé pendant des heures. La wolkswagen avalait la route et je me sentais une force de damnée. C'était longtemps après l'accident. J'avais fait deux valises, et rien ne pouvait plus m'arrêter. Pendant toutes ces années impossible de toucher un volant sans une sensation d'oppression opaque, l'impression que l'asphalte défilait sous les roues comme le tapis mécanique d'un grand magasin qui aurait perdu son frein. Impossible de contenir la vitesse de cette bande qui très vite entraînerait la voiture, la happerait dans un précipice. Nausées, vertiges, syncope. Tout m'échappe. Il faut s'arrêter vite pour reprendre son souffle et ralentir le rythme endiablé du coeur, permettre à la respiration de revenir, desserrer la main qui serre la gorge jusqu'à l'évanouissement. Phobie du volant a dit le psy. Des années, sans pouvoir maîtriser cela. C'est fini.


Pendant des mois j'ai revu la scène, l'inconnu enfermé qui hurlait et pissait son sang dans la nuit juste contre ma vitre. Les portes bloquées de la Renault. Une prison d'acier en travers de la nationale. Le bruit des freins des poids lourds qui viendraient s'encastrer sur nous, la brume qui poissait le pare-brise. La chauffarde à la BM assise dans le fossé pestait. Les secours n'arrivaient pas assez vite. Lorsqu'ils nous ont désincarcérés enfin - d'abord moi, puis ils ont transporté l'homme - je ne pouvais plus bouger ni parler. Je ne pensais qu'à celui qui devait dormir encore dans la maison sur la plage. Je savais qu'il serait furieux.



Je ne sais pas si l'accident est vraiment à l'origine de cette phobie au volant. En fait, les symptômes étaient apparus avant. Mais il y a bien un avant et un après. Une forme de mythologie toute personnelle s'est nouée en ce moment précis. L'homme encore enfermé dans son véhicule et mon incapacité à approcher de lui, à lui parler même pour le rassurer. Sa machoire ensanglantée collée au carreau, les yeux écarquillés comme un poisson qui cherche l'oxygène. Ma terreur muette. Comme si j'assistais à un scenario catastrophe dont j'étais l'actrice impuissante. Les images s'enchaînaient, violentes, saccadées, saturées de froid, de boue et de nuit.



En jetant mes valises dans le coffre ce matin-là, j'ai repensé à l'accident et aux heures qui ont suivi, à tout ce que j'aurais dû dire à cet homme pendant qu'il mourait de peur au milieu de la route.

dimanche 10 juillet 2011

Chapitre 3

Plus que tout je te voulais. Plus que la mer et le ciel réunis. Et je sais quand je t'ai créée dans ma tête. J'avais loué une chambre d'hôtel pour terminer une nouvelle. Il y avait les flonflons de la ducasse qui hurlaient sur la place, sous mes fenêtres. Je déteste le bruit. Surtout en bord de mer. Alors je suis allée marcher sur la plage. Le ciel encastré dans les falaises blanches tu te souviens? Les ôcres du sable plus clairs que ceux de Pen bé. Un bout de la terre que tu ne connais pas. Et puis ces drôles de rochers. Des rochers mous aux allures de bonshommes en guimauve. Plus tard, tu joueras, tu te cacheras dedans, dans la chair de la roche lissée par le ressac. Tu poursuivras les goëlands. J'entends vibrer ton rire joyeux. Drappée dans le manteau vert et la longue écharpe, j'avance. Le nez au vent. La peau vrillée d'embruns. Ecriture bloquée. J'ai marché longtemps seule jusqu'au bout de la plage ce matin-là, abasourdie de ciel et de solitude dans la lumière normande. Je crois que j'ai prié pour que tu viennes à moi.


Tu es la fille de la mer. La fille du vent.

mardi 5 juillet 2011

chapitre 2

Dans le coffre poussiéreux il y a toutes les dernières pages. L'encre sèche n'a pas perdu de son pouvoir et les mots presque effacés font encore mal. Comme toucher du bout des doigts une plaie mal refermée. On appuie sur la cicatrice boursouflée et la douleur remonte de loin. A l'époque j'écrivais tous les jours pour tenir. Pour donner un sens au chaos. La vie à l'envers. La vie malade. Comme un coureur qui s'échappe dans l'effort. Loin de son corps.


Le corps, je ne savais pas. C'est la part interdite de l'enfance, la part gelée.

le corps c'est d'abord cet homme nu dressé devant l'évier. Tout blanc. Debout dans la cuisine, il se rase. Les mains lourdes, solides, le dos large. Il met de l'eau partout et s'accroche aux murs, aux objets. C'est la première fois que je vois un corps nu. La chair. Le sexe mou. Les épaules. Mélange d'effroi et de fascination pour celui-ci que je connais et que je ne peux reconnaître comme mon grand-père. Le corps qui cherche sa place. Hésitant comme une bête qui se cogne dans l'arène. Si homme encore malgré l'âge et la cécité.

Bien plus tard il finit sa vie dans un lit de l'hôpital des mines, tousse et crache à mourir et je revois son corps d'avant maintenant replié sous les draps, sa vigueur imposante ce matin-là dans l'odeur du café bouilli et du savon à barbe. Dans le poste la voix de Pierre Bellemarre. C'est pour toujours la voix des séjours Fosse 13.



Chapitre 1



"Ecrire c'est passer tout de suite aux choses sérieuses, l'enfer direct, le gril continu, avec parfois des joies sous les décharges de mille volts."



ZELDA FITZGERALD.






"- Je le veux", il a dit. "Je veux que tu écrives." Et c'est comme si plein de petites lumières s'étaient soudainement allumées pour raviver un moi enfoui. Oui, les doigts me démangent, et si seulement j'arrive à dominer cette boule qui va et vient dans ma gorge à chaque fois que... Alors tout à l'heure entre les conserves et le dentifrice à la fraise, je pensais...il faudra bien que je la couche un jour cette histoire...et ça m'a tout de suite stoppée, arrêtée là sous les néons devant les packs de limonade avec tous les caddies hurlant leur besoin d'ingurgiter plus pour masquer le vide, le froid au coeur de ceux qui les poussent, dans la cohue stupide qui slalome et s'évite. Toutes ces vies rassemblées pour consommer, des milliers de bouches et de ventres déglutissant déambulent sans tête comme des automates prêts à se faire la guerre pour atteindre les caisses. Numero 33, il y a une nouvelle un peu boulotte complètement dépassée par le rythme des victuailles qui encombrent tout l'espace de sa machine. Elle glousse des excuses embarrassées et tente de capter les codes barres à l'aide d'un engin bippeur tandis qu'un responsable la toise et la presse d'enchaîner plus vite. Les boîtes colorées, les légumes, les chaussettes, le jouet pour le gosse avec un batman dessiné, les bouteilles d'eau et de coca light, la lessive en poudre et le chocolat poulain. Les pieds s'échauffent, les épaules se voûtent, et la file d'attente les yeux rivés sur les mains de la caissière, prie muette pour qu'elle ne se trompe plus et que le calvaire cesse enfin. La journée s'étire de fatigue et la lumière fait mal. Les voitures métalliques nous attendent six pieds sous terre et les visages sont tendus vers la fin. Il faudrait pouvoir écrire sur chacun d'entre eux. Il faudrait pouvoir rendre la vie, rallumer l'étincelle dans leurs yeux d'avant, ceux des enfants qu'ils furent un jour et qui s'émerveillaient d'un rien, d'un sourire, d'un trèfle à quatre feuilles, d'un berlingot mentholé, d'une course folle sous la pluie. Il faudrait pouvoir écrire. Passer aux choses sérieuses.



mercredi 29 juin 2011

de ses propres ailes



"Je volerai comme un oiseau, je volerai pour toi si seulement tu m'aimes.


- Alors, vole.


- Je ne peux pas voler, mais aime-moi quand même.


- Pauvre enfant sans ailes.


- C'est si difficile de m'aimer?"




ZELDA FITZGERALD,


Accordez-moi cette valse.

jeudi 2 juin 2011

Alabama song

Chagall, La Danse, 1950.


"Quand on va au bal, il faut danser"


HENRI CARTIER-BRESSON

lundi 30 mai 2011

le songe

Chagall, illustration pour le Cantique des cantiques, mai 2011.

à mettre en musique ici.

samedi 28 mai 2011

à corps perdu



Le cirque bleu, Chagall.mai 2011.



Dans le songe d'une nuit d'été, l'acrobate s'élance dans le vide, les yeux ouverts, confiant sa vie au destin...

mercredi 4 mai 2011

mardi 26 avril 2011

pèlerinage dans le Var, la route du coeur

Cotignac, avril 2011.


lac de Carces, avril 2011.


Le Thoronet, avril 2011.












lundi 25 avril 2011

Se mettre au vert...

Nord, avril 2011
Histoire de vérifier si le bonheur est dans le pré..?

jeudi 21 avril 2011

Divergences

Dunkerque, avril 2011.



mardi 19 avril 2011

lundi 18 avril 2011

dimanche 17 avril 2011

Temps suspendu

parc du Lion, Tourcoing, avril 2011.

mercredi 13 avril 2011

L'arbre et l'enfant


Je devais avoir cinq ou six ans à l'époque. Mes parents habitaient le quartier de l'épeule. C'était là qu'on habitait tous. Aux premiers soleils de mai, Khadija m'emmenait au parc, du côté des beaux quartiers. Je jouais sous les arbres, sur les tapis de pétales blancs qui crissaient sous les baskets quand on rebondissait dessus. Je sautais pour attrapper une branche fleurie. Je voulais les offrir à Khadija. Elle m'attendait un peu plus loin, couverte de la tête au pied. Ca ne me surprenait pas. Beaucoup de femmes autour de moi portaient la même tenue. Elle était belle, ma soeur. Mais elle ne se montrait pas. Elle nous consacrait tout son temps, en dehors des études. Le parc, elle le connaissait bien. Elle y mangeait le midi avec ses amies du lycée. La semaine, elle ne portait qu'un foulard simple qu'elle devait retirer en classe. C'était la règle. Je n'ai jamais interrogé cette règle enfant. C'était naturel. Toutes les filles de ma famille faisaient de même et ma mère aussi. C'est bien des années plus tard, lorsque je suis allé moi-même au lycée puis à l'université, lorsque j'ai eu conscience de la nudité des étudiantes que je fréquentais, que la tenue de ma soeur et des femmes de la maison m'est apparue incongrue. Elles étaient libres ces jeunes-filles, libres et gaies, réfléchies, revendicatives. Elles parlaient comme des hommes et fumaient, discutaient au terrasse des cafés lillois. Avant de rencontrer Sofia, je n'avais jamais regardé ma soeur comme une femme. Il y avait un monde entre elles. Un monde auquel ma soeur n'avait pas accès. Je découvrais qu'une fille avait un corps et une parole propres. Sofia lisait les journaux, étudiait, s'opposait, avançait dans la vie comme on déguste des cornes de gazelle, en croquant et en léchant le miel. Elle n'avait pas de gestes maternels. Elle plantait ses yeux dans ceux de son interlocuteur avec franchise. Au mois de mai, sous ce même arbre, elle s'allongeait sur les pétales et gôutait les premiers soleils pour faire brunir sa peau et me laissait la caresser, les yeux perdus au ciel, abandonnée à la douceur de l'instant. Un peu plus loin, les silhouettes noires des femmes du quartier entourées de bambins bouclés déambulaient. Je caressais les chevilles de Sofia et le souvenir de Khadija m'échappait, se confondait dans les silhouettes lointaines de ces femmes différentes que ni la main ni les yeux ne pouvaient dévoiler.

mercredi 6 avril 2011

rouleaux de printemps

Roubaix, Barbieux, avril 2011.